J’ai grandi sur un ranch et, pendant 26 ans, j’ai œuvré dans les domaines de l’agriculture et de la politique alimentaire, des coulisses des responsables du Hill à Washington jusqu’à la direction d’organisations nationales de producteurs. Jamais dans ma carrière je n’ai vu un intérêt politique aussi prononcé pour des sujets aussi variés que Make America Healthy Again, une affaire devant la Cour suprême, et les combats autour du droit d’étiquetage des pesticides dans le cadre du projet de loi agricole, sans oublier les complexités entourant l’E15.
Cependant, au cœur de ces débats complexes se cache le même défi: comment protéger les agriculteurs et les consommateurs, maintenir une concurrence loyale et offrir des règles claires et opérationnelles.
L’accent mis par MAHA sur une alimentation plus saine, notamment les efforts visant à accroître la consommation de fruits et de légumes, répond à un besoin de santé publique: l’Amérique doit faire davantage face à une alimentation pauvre et à l’augmentation de l’obésité. Mais les réformes doivent être fondées sur des preuves et élaborées avec l’apport des producteurs, des transformateurs et des parties prenantes qui comprennent les réalités pratiques à la ferme et dans la chaîne alimentaire. Si des groupes mènent la politique sans analyses fondées sur la science, les conséquences non intentionnelles pour la production agricole, les chaînes d’approvisionnement et les moyens de subsistance en milieu rural pourraient être sévères. Les décideurs devraient concevoir une législation éclairée par des experts du domaine. Ils devraient éviter des pratiques d’étiquetage telles que qualifier le broyage des céréales d’« ultra-traitement » et, à la place, rechercher des mesures équilibrées et réalisables qui améliorent la nutrition sans déstabiliser le système alimentaire.
De même, les arguments de la Cour suprême concernant l’étiquetage des pesticides pourraient remodeler l’interaction entre les poursuites privées pour faute et les régimes réglementaires fédéraux. Si la Cour limite la responsabilité pour les étiquettes conformes aux déterminations de l’EPA, le Congrès et les agences devraient s’appuyer sur cette décision pour renforcer les voies de recours administratives et les mécanismes de surveillance. Les producteurs et le public méritent une sécurité fondée sur la science et des voies de recours lorsque des dommages surviennent. Renforcer la surveillance du marché, financer des évaluations épidémiologiques et d’exposition solides, et accélérer ainsi que rendre plus transparentes les révisions des étiquetages par l’EPA réduirait les facteurs incitatifs au litige tout en protégeant la santé publique.
Un projet de loi agricole solide et un filet de sécurité robuste sont essentiels pour que les réformes fonctionnent sur le terrain. Le filet de sécurité, l’assurance récolte et l’aide en cas de catastrophe offrent aux agriculteurs une prévisibilité qui leur permet d’engager des investissements pluriannuels dans la conservation, la technologie et la stabilité de la main-d’œuvre. Le crédit et les programmes de développement rural ciblés maintiennent une capacité de transformation et une logistique proches de la production, protégeant contre la consolidation et les chocs de la chaîne d’approvisionnement. L’investissement public dans la recherche, l’extension et le développement des marchés stimule l’innovation, des biotechnologies et des porte-greffes améliorés jusqu’aux pratiques de réduction des émissions, et aide les producteurs américains à rester compétitifs à l’étranger. Les dispositifs de promotion commerciale et d’ouverture des marchés transforment la résilience nationale en opportunités d’exportation, soutenant l’emploi rural et la stabilité des prix. Sans ces piliers, les changements réglementaires ou les remèdes de concurrence risquent de transférer les coûts à la porte de la ferme et d’éroder la capacité domestique.
Tout au long de ma carrière, en tant que directeur de sous-comité, conseiller en commerce et politique, puis PDG, j’ai vu l’intention législative échouer lorsque les agences manquent de directives claires. Qu’il s’agisse des tolérances pesticides, de l’accès à l’E15 ou des réformes liées à MAHA, les agences devraient s’engager dans une mise en œuvre par étapes, dans le dialogue avec les parties prenantes et dans des indicateurs mesurables. Des projets pilotes et des dérogations permettent de tester les réformes avant leur déploiement à grande échelle, minimisant ainsi les perturbations imprévues.
Le Congrès devrait adopter une approche pratique et progressive: renforcer le filet de sécurité, investir dans le crédit, la recherche et le développement rural, et mettre en œuvre des réformes ciblées de MAHA et de l’EPA. Réalisée avec soin, cette démarche peut améliorer la nutrition, offrir une prévisibilité aux agriculteurs et protéger les consommateurs sans bouleverser le système alimentaire.
Chandler Goule est l’ancien PDG de l’Association nationale des producteurs de blé et a par ailleurs travaillé pour l’Union nationale des agriculteurs et en tant que directeur de cabinet pour une sous-commission du Comité de l’Agriculture à la Chambre des représentants.